Du blues sous les doigts (17.08.2011)

 

 

L’objet convoité vous appartient, reçu hier pour l’événement annuel. Il est élégant fermé, mais encore plus, examiné et désiré, décapuchonné. L’or travaillé, ciselé, gravé, demande seulement un peu de fluide pour étonner avec son aisance à tracer arabesques et circonvolutions, à ramper sinueusement ou encore mue par une envolée énergique à déchirer le silence sans percer toutefois le papier, à moins qu’une tache se formant, vous y  veniez  fourrager la pointe dans un goût de destruction ou de distraction.

Le liquide bleu brille sur le papier, puis se matifie, et selon la qualité,  sèche en laissant une subliminale odeur un peu âcre et écœurante et pourtant flatte aussi vos sens, réveillant passé et vous projetant sur l’écran de la page blanche un futur, alors que le présent vous semble incertain et que ce dard doré vous ramène à la réalité. Vous attendez souvent sa piqûre qui vous émoustille pour un semblant d’inspiration, mais une fois entre les doigts crispés, les idées filent ailleurs et pas sur le papier qui les convie pourtant du mieux qu’il peut.

Quel dommage ! Et parfois, l’idée est là, le rythme aussi, comme des sportifs qui s’échauffent dans la marge, ils se bousculent sur les lignes, vont si vite sous les doigts que l’encre, muse accessoire, ne travaille point si rapidement, et laisse des espaces qui agacent. Parfois ce n’est qu’à la fin d’une dizaine de lignes que vous découvrez que l’objet chéri ne vous donne pas à lire une aussi belle écriture que vous aviez  imaginée. La plume un peu trop ferme, pleins et déliés peu marqués, déçu, alors la folle idée vous prend d’y remédier en épatant un peu le bec de la plume, d’abord légèrement contre le bloc de papier ou le cahier pour les plus optimistes, et les deux parties de l’embout doré se séparent à regret pour ne plus jamais se réconcilier malgré l’insistance que vous aurez à vouloir les rabibocher, vainement, en retournant cette fois la plume dans l’autre sens en exerçant quelques pressions sur le papier et là votre stylo plume au profil aquilin l’a maintenant camus.

D’énervement, vous secouez l’objet fuselé en bakélite noire et quelques gouttes, au mieux s’étalent sur votre littérature, mais le plus souvent se dispersent grossièrement sur votre chemise claire.

Alors comme un vieil écolier, vos doigts, la pulpe de l’index et le côté du majeur ont pris la teinte bleuâtre des novices et résigné vous placez votre cadeau dans un pot à crayons rejoindre tous les autres de son espèce, cet article souvent de luxe qui a fuit comme toujours dans tous les sens comme votre pensée. 

 

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