Mes petits pins des Landes

 

De loin, verticalités graphiques

Erratiques, enracinés dans le sable

Défilant avec effet  stroboscopique

Sur la vitre, insaisissables,

Passer la tête, s’étourdir de ces senteurs

Évoquant les ateliers d’artistes

Inspirant photographes et illustrateurs

 

Hossegor, Cap Breton, Seignosse

Dressés, ici, là, aussi à Biscarosse

Je m’enivre avec ces seigneurs des Landes

Me perdant sous leurs branches sans guirlande

 

Mitraillés, martyrisés, épinglés

Pour ces touristiques clichés

Gros plan sur le pot en terre cuite

Suspendu au tronc écorché

Récoltant de sa blessure la fuite

Un sirop blanchâtre qui suppure

De cette tranchée, de cette découpure

 

Me reviens encore l’odeur forte

De cette ensorcelante et tenace résine

Ces effluves entêtant de térébenthine

Depuis longtemps, toujours me réconforte

 

Je m’irritais du seul sort de l’arbre

Poignardé, saigné à blanc dans sa chair

Exploité par cet adversaire

Pour qu’il se lave, se soigne, colle et écrive

Ou que son archet affûté livre le son clair

 

A peine cicatrise-t-il sous la faille

Que cet échalas retourne à son travail

Et à nouveau de plus belle, l’entaille

Et pendant tout ce temps, ces vacances

Que n’ai-je pensé à l’homme avant la laitance

Dont les mains sûrement bouffies

Les doigts gonflés, rougeauds et violets

La peau sillonnée comme l’écorce flétrie

De rides et de crevasses pour récolter ce lait

Les yeux lavés par les vapeurs acides

Toutes ces souffrances pour ce précieux liquide

 

Je croyais avoir des idées d’anarchiste

Dans ma cage dorée où j’étais cajolée

J’avais quinze ans et avec certaines envolées

J’écrivais une carte postale à ma grand-mère

Mon petit pot de résine de fumiste

Lui envoyer pour lui plaire

Loup où es-tu ?

Derrière l’arbre !

Lequel ?

Le pin !

Il sent bon.

Oui, et j’ai grand faim !...

….fin